Alchimie intérieure : la blessure originelle
Utiliser le terme « alchimie intérieure » n’est pas confortable, car je ne peux pas prétendre avoir lu beaucoup de livres sur le sujet ni avoir été enseigné par un maître dans ce domaine. Mon apprentissage est constitué de mon parcours de vie et de mes lectures. Un cheminement d’une grande complexité, un parcours solitaire qui a débuté par une solitude subie qui, peu à peu, s’est transformée en solitude choisie. Le silence apporte de nombreux bienfaits.
L’alchimie intérieure prend ses racines dans la blessure originelle, ce lien étroit entre la vie et la mort. Lors d’une naissance, il peut tout arriver ; la vie et la mort se côtoient, ce passage est extrêmement délicat.
J’ai déjà écrit plusieurs articles sur la naissance, je ne vais donc pas énumérer les différents cas possibles, mais plutôt agrémenter ma réflexion à ce sujet. Nous savons que l’être humain est un animal particulier. À notre naissance, nous ne sommes pas en mesure de survivre seuls ; nous avons besoin de nos parents ou d’une personne référente. Ainsi, on peut dire qu’il existe une période de gestation intérieure et une période de gestation extérieure. Je ne limiterai pas cette période à neuf mois, sans toutefois pouvoir déterminer une durée précise. Durant ces gestations, nous faisons face à la peur de mourir, que nous vivons principalement avec notre mère. Que se passerait-il si elle nous abandonnait ou nous rejetait ? La blessure originelle avec notre père est, quant à elle, liée à ce besoin de sécurité amenant à exercer le contrôle sur notre vie, pour nous donner l’illusion de ne pas nous perdre.
La blessure originelle restera en sommeil pendant des années. Puis, un jour, un événement majeur nous oblige à replonger dedans. Il déclenche une réaction en chaîne ; un travail intérieur plus ou moins intense commence sur de nombreuses années. La vie n’aura de cesse de nous amener à reconnaître et à faire grandir cette pulsion de vie qui est en nous.
Sur ce cheminement intérieur, nous ne sommes pas égaux. Certains voudront atteindre les profondeurs, d’autres navigueront relativement en surface. Chacun poursuit sa quête personnelle, il n’est pas nécessaire pour tous de plonger intensément.
Le choix
Nous opérons un choix émotionnel dont je ne peux prétendre connaître l’origine. Nous optons pour une intensité émotionnelle intériorisée ou une intensité émotionnelle extériorisée. La personne présentant une intensité émotionnelle intériorisée optera pour le schéma « moi, puis les autres », et la personne présentant une intensité émotionnelle extériorisée optera pour le schéma « les autres, puis moi ».
L’alchimie intérieure naît de la fusion de ces deux profils afin de parvenir à un équilibre « moi et les autres ». Cela peut paraître simple, mais ça ne l’est absolument pas ; cela entraîne de nombreux changements en soi. Par ce cheminement, on se relie instinctivement d’une nouvelle manière au vivant, en intégrant que nous faisons partie d’un tout : nous sommes le vivant. L’objectif n’est pas de l’intellectualiser, car cela ne fonctionne pas ; il s’agit de le vibrer. Cela permet d’adopter un nouveau regard sur le monde qui nous entoure.
Les trois phases décrites ci-dessous ne sont pas linéaires ; nous alternons entre les phases pour parvenir, à chaque nouvelle mort-renaissance, à un nouveau palier de stabilité (ou alignement). Chaque palier de stabilité apporte une nouvelle structure et un nouvel équilibre, permettant d’améliorer son rapport à soi, aux autres et au vivant. On peut visualiser notre progression par les marches d’un escalier que nous montons progressivement. Cet escalier n’a pas de fin ; nous ne voyons que quelques marches au-dessus de nous, le reste est caché, nous ne pourrons y accéder qu’en poursuivant notre progression.
Première phase : la dissolution
La dissolution ou l’effondrement. La vie que vous aviez construite s’effondre. C’est la phase noire, la destruction. On ne peut pas construire une maison sur une structure bancale, il convient ainsi que tout déconstruire, pierre par pierre. Des pauses sur ce chantier ont régulièrement lieu, parfois des pauses qui durent des années. La destruction fait partie intégrante de la vie, au même titre que la création. La vérité fait mal, les illusions se révèlent les unes après les autres. Chaque journée peut devenir une épreuve, la seule manière d’avancer est de ralentir le rythme. Si vous aviez l’habitude de vivre une vie à cent à l’heure, elle vous incitera à ralentir pour regarder votre œuvre. Pas pour vous blâmer, pour démarrer un travail d’acceptation. Qui était aux commandes tout ce temps ? Durant ce passage, tout ce que vous croyiez être vrai peut être remis en question. Le doute est présent, vous ne savez plus qui vous êtes ou quoi faire de votre vie. Les blessures émotionnelles explosent les unes après les autres. L’instabilité est présente, les émotions potentiellement à vif et les douleurs dans le corps se réveillent.
Deuxième phase : l’illumination
L’illumination ou faire naître la lumière. C’est la phase blanche, la création. On pourrait penser durant cette phase que vos soucis sont derrière vous, vous avez bien évolué. En apparaissant, la lumière poursuit le travail de dissolution et brûle tout sur son passage, tout ce qui est voué à disparaître pour permettre cette renaissance. La lumière est exigeante, elle ne vous permettra pas de vous reposer. Elle peut vous faire basculer dans la folie du sachant de l’être spirituel “je sais”, “j’ai compris ce que les autres n’ont pas compris”. La lumière exige la présence, elle n’autorise plus la fuite. La fuite est possible uniquement durant la phase de dissolution, dans laquelle on peut rester bloqué durant de longues périodes. La lumière nous demande de nous rappeler de notre essence. Durant cette phase, vous gagnez en maturité émotionnelle grâce à l’intégration de vos leçons de vie. Ce qui vous activait avant n’a plus le même impact sur vous. Vous dessinez progressivement les contours de votre quête personnelle, dans tous les domaines de votre vie.
Troisième phase : la maîtrise
La maîtrise de l’ombre et de la lumière. C’est la phase jaune/rouge qui aboutit à un orange. Conscience de sa valeur et celle des autres. Nous ne sommes pas que des êtres lumineux, nous avons tous des ombres, des zones cachées. Le reconnaître est gage d’humilité. Nous n’avons pas à être parfaits, nous avons à être vrai ! Être connecté à soi, aux autres et au vivant. La maîtrise s’effectue dans l’équilibre des 3. Développer sans relâche sa conscience, devenir observateur de soi-même ; avant de blâmer les autres, je m’observe pour comprendre. Maîtrise de soi, de ses émotions. Exprimer sa vérité. Alignement ou stabilité entraînant une concrétisation et une matérialisation de ce qui vibre profondément à l’intérieur. Votre quête personnelle se concrétise dans votre quotidien. Rêver sa vie ne la rend pas réelle. Trouver l’équilibre entre l’action, le repos et l’imagination.
L’alchimie intérieure
Pendant longtemps, l’alchimie n’était réservée qu’à quelques initiés, qui protégeaient un savoir. L’époque n’était probablement pas au développement de l’humanité en ce sens. Nous en entendons parler de plus en plus ces dernières années, car il est temps de franchir une nouvelle étape dans notre développement en tant qu’être humain, individuellement et collectivement. Ayant tous un impact sur l’inconscient collectif, plus nous nettoieront les mémoires, plus la conscience se développera chez chacun d’entre nous.
L’alchimie intérieure est une quête qui n’a pas de fin en soi, nous avons toujours la possibilité de progresser.


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